Élégance quotidienne et casting all-white pour la belle première collection de Gvasalia pour Balenciaga.

 

c’était le show le plus attendu de la fashion week parisienne, et probablement de la saison tout court. la toute première collection de demna gvasalia, directeur artistique du collectif en vogue et plutôt buzzy vêtements, pour la maison de couture balenciaga, quittée il y a peu (et tant mieux) par son précédent directeur pas vraiment artistique, alexander wang, créateur du label éponyme. une fall winter 2016 attendue au tournant comme un colis ssense, et qui n’a pas déçu, contrairement au casting des mannequins. rappellons un peu les faits.

alexander wang, alors chargé de la femme balenciaga depuis la fin 2012, décide à la fin de l’année de ne pas renouveller son contrat auprès de la maison du groupe kering. décision gênante pour nombre de clients de la marque, qui avait vu ses ventes augmenter de plusieurs dizaines de pourcent depuis l’arrivée du designer de 31 ans, mais soulageante pour journalistes et critiques de mode, qui ne voyait rien si ce n’est du malaise dans le travail de wang. pour ne citer qu’un membre du board balenciaga rencontré lors d’une soirée, “alexander wang n’avait pas compris la couture francaise”. trop loin de l’ADN originel de la marque, et surtout bien trop souvent orienté sportswear, les collections étaient esthétiquement attirantes, mais n’avaient RIEN mais RIEN DE CHEZ RIEN à faire chez balenciaga. kering doit donc choisir rapidement un nouvel individu, et quoi de mieux que de jump in the gucciwagon en choisissant, comme alessandro michèle, une personne inconnue du grand public ? c’est ainsi que demna gvasalia, “fils spirituel de margiela” selon ses collègues, ayant dirigé de 2009 à 2013 les collections femme de la marque belge, se retrouve propulsé sur le devant de la scène, et c’est cette semaine qu’il a montré comment l’esprit si réaliste et terre-à-terre de vêtements pouvait s’allier à l’esprit de balenciaga, mais un esprit very white woman.

demna gvasalia par david sims
demna gvasalia par david sims

pour résumer l’esprit du défilé, une question s’est posée dans le cerveau de demna : “comment persuade-t-on une femme qui n’est pas la chancellière allemande de porter un costume deux-pièces?” . la fall winter 2016 était une sorte de réflexion sur la manière de vêtir la femme qui aime s’habiller avec élégance et distinction dans la vie de tous les jours, que ce soit pour aller travailler dans les bureaux et demander une augmentation méritée qu’elle n’obtiendra pas (elle n’est qu’une femme après tout hein), ou pour aller à un vernissage dans une galerie d’art contemporain. et qu’obtient-on ? une réinterprétation sobre et osée, réaliste et inhabituelle des classiques du vestiaire féminin. de la robe à fleurs aux tailleurs; de la doudoune à la jupe, rien n’y échappe.

premier look, première impression. une veste de costume à deux boutons, motif petits carreaux b&w, une taille très resserrée, des épaules surélevées, manches raccourcies, silhouette formelle de loin et si féminine, si élégante et raffinée de près, l’art du détail. alliée à une jupe crayon grise longuement fendue, un col roulé blanc oversized, une chemise de même teinte, c’est une femme balenciaga au corps souligné, à la classe indéniable, à la posture si stricte et si charmante qui descend le runway.
look 16, le contraste. jupe d’un vert profond, tombant sous le genou, versant un peu dans le formel; balancé par un plissage délicat que ne renierait pas issey miyake et porté avec des boots noires à semelles géantes, presque punk : mélange des mondes. bomber bleu marine à moitié zippée et à l’encolure géante tombant sur les épaules, manches oversized : sportswear en volume. pull gris fin échancré à col plongeant batman, tombant pile au-dessus de la poitrine, découvrant entièrement le haut du buste, mais pull quand même : formal yet sensual. avec les gants de motarde et le sac de postière, sac utilitaire, c’est un look aux multiples statements qui arpente la salle insonorisée, une réinvention de la maison balenciaga, une certaine élégance décontractée et sérieuse à la fois, hésitant avec détermination entre les opposés.

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pour faire preuve d’honnêteté, la plupart des pièces sont des reprises de vêtements (la marque de demna), comme la fameuse robe à fleurs, avec l’esprit plus tailoring et élégant que l’on connait au regretté cristobal balenciaga. on regrettera peut-être justement que cet esprit ne soit pas plus présent, que la balance entre cette fameuse élégance espagnole à la cristobal et l’esprit plus rationnel de demna ne soit pas plus équilibrée, mais après tout, le résultat est plus que satisfaisant. comment ne pas résister aux doudounes oversized (même rouge), et à mon plus gros coup du coeur qu’on voit sur le look 14, ce magnifique pull noir à col roulé incrustation faux diamants que je trouve renversant. brillant, presque protecteur, et pourtant si aisé à porter, on en veut et on en redemande. un peu comme de toute la collection, d’ailleurs, visible ICI.

en revanche, ce dont on ne redemande pas, et dont on ne redemandera jamais à moins de porter donald trump ou marine le pen dans son coeur, c’est du casting all-white des mannequins. et ca n’est pas une simple erreur, aucun show du collectif vêtements n’a jamais vu dans ses rangs ne serait-ce qu’UN SEUL MANNEQUIN ISSU DE LA DIVERSITÉ. PAS UN SEUL. et nous voilà demna, voulant justement faire des vêtements que l’on veut porter, censés être enfin réalistes, et donc destinés à toute femme aimant un tant soit peu la mode, qui envoie un message opposé en excluant volontairement toute femme noire, asiatique, ou encore latino. demna qui souhaite bouleverser l’industrie de la mode, souhaite apporter un peu de nouveauté, révolutionner les choses, n’est même pas fichu de sélectionner des mannequins de couleur. vous me demanderez (enfin j’espère pas) : “mais pourquoi il faudrait prendre des mannequins noires/asiatiques/latino si elles ne correspondent pas au mood de son show ? et puis on ne va pas les prendre uniquement parce qu’elles ne sont pas blanches…”. le problème est que si sa collection tourne autour du concept du réalisme vestimentaire, le fait de ne pas avoir la peau blanche n’est pas contradictoire ou antinomique avec ce concept. une femme noire ou asiatique n’est pas plus laide ou moins réaliste qu’une blanche. surtout que cela ne semble pas déranger outre-mesure monsieur gvasalia que rihanna ou kanye, dont la teinte de peau n’est à ma connaissance pas blanche, portent ses habits et lui assurent ainsi une jolie publicité.

la maison balenciaga, called out par mal d’insiders, a répondu aux critiques de la sorte : “l’origine ethnique n’avait en aucune façon été un critère de sélection des mannequins participant à son défilé. la conséquence, non intentionnelle, a été un manque de diversité parmi les modèles présents sur le podium. nous ne pouvons que présenter nos excuses si cela a pu blesser.” le début de la déclaration est à mon sens gênant, puisque si la couleur de peau n’a pas été un critère de sélection, qu’elles ont donc été ces fameux critères qui semblent n’être présents que chez les femmes blanches ? certains vêtements ne peuvent être portés que par des personnes avec une certaine teinte ? erm, no honey. la cliente balenciaga n’a jamais été exclusivement blanche, et ne le sera jamais, comme dans aucune maison. c’est la mode, un vecteur d’inclusion et d’acceptation, pas une manière de discriminer. face it demna.

UPDATE / il s’avère en fait que demna gvasalia a choisi de caster uniquement ses connaissances pour ses shows vetements/balenciaga et des personnes venant de géorgie, sa terre natale, où la diversité est VRAIMENT FAIBLE, “expliquant” partiellement son casting. néanmoins, bien que ce choix de castings convienne à l’esthétique de vêtements dans une certaine mesure, et bien que cela m’apparaisse toujours comme un peu dérangeant, ce choix pour balenciaga est tout de même un peu stupide, l’esthétique de balenciaga n’ayant rien à voir avec la culture street soviétique.

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