Ou pourquoi ces bloggeurs à l’éthique douteuse n’ont pas toujours leur place dans une industrie authentique.


Accros des réseaux sociaux, promoteurs de labels émergents, complices de marques déjà bien établies, les influenceurs digitaux sont toutes ces choses à la fois. Inondant vos feeds Instagram de posts sponsorisés, quand ils daignent le mentionner, Voltaire de la rédaction d’articles souvent peu objectifs, cette nouvelle génération de bloggeurs use de son influence digitale pour tenter de répandre sur la toile les volontés d’entreprises du secteur. De Dior à H&M, beaucoup font appel à leurs services pour promouvoir de nouveaux produits, des évènements, comme les catastrophiques défilés Dolce&Gabbana, quitte à mettre certaines valeurs de côté. Les digital influencers semblent être devenus des outils indispensables à la communication pour certaines marques, voyant en eux l’opportunité d’acquérir de nouvelles parts de marchés, notamment auprès de la so-called catégorie des “millenials”.
Mais, de manière factuelle, ne dégoûtent-ils pas une frange plus éduquée et plus connaisseuse de la mode par leur cruel manque d’objectivité et leur volonté de faire passer le succès de leur blog avant tout ? Enfin, servent-ils vraiment l’image des marques ?

DOLCE & GABBANA FW 17
Le service d’accueil aux portes de l’Enfer / D&G F/W 17

Tout d’abord, qui sont les influenceurs digitaux ? La réponse est simple : des gens comme vous et moi. Mais avec plusieurs milliers de followers sur Twitter, Instagram et/ou Snapchat. Homme ou femme, ils considèrent avoir “travaillé très dur” pour obtenir cette célébrité en ligne, et n’hésitent pas à vous le faire savoir dès qu’ils en ont l’opportunité, à coup d’articles fleuves sur leurs techniques de motivation, sur “Comment j’ai réussi à devenir quelqu’un” ou de pseudo mises-à-nu destinées à faire pleurer dans les chaumières. Prêts à tout pour être connus, le minimalisme digital n’est pas une expression qui fait partie dans leur vocabulaire. Comprenez par là un usage incessant et massif d’hashtags sur Instagram ou Twitter, ou des relances permanentes dans vos messages privés sur Facebook pour obtenir quelques “J”aime’ additionnels sur leurs posts, voir un partage si vous êtes d’humeur généreuse.  Posts de nourriture  healthy, photos minimalistes/clean/sobres de leurs affaires personnelles toujours bien ordonnées, ou de vacances passées dans des resorts dans des pays étrangers généralement très pauvres à squatter la piscine et le bar sont partie intégrante de leur curation Instagram. Rien n’est aussi important pour eux que de vous faire savoir en long, en large et en travers qu’ils ont exploré tout un pays et que leur vision du monde a changé depuis qu’ils ont vu la pauvreté/la famine/cause triste, et toutes ces similarités rendent bien difficile la tâche de différencier les comptes Instagram des uns et des autres. Mais bon, là n’est pas le problème majeur de notre histoire.

Passons plutôt au coeur du sujet : nos amis les fashion influenceurs.
Tout d’abord, voici de manière synthétique mais (malheureusement) réaliste comment les choses se déroulent généralement :

Une marque contacte, par elle-même, par son agence de relations publiques ou par des agences d’influence digitale, des influenceurs, en leur proposant de faire la promotion d’un produit ou d’un service. Cela peut aller d’un simple tweet (rare) à un post Instagram, voir un article entier sur un blog faisant l’éloge du produit/service en question. Si l’influenceur accepte, un contrat est signé entre ce dernier et l’entreprise, qui s’engage, en contrepartie, à lui offrir plusieurs produits de la marque ou de l’argent. Mais, les choses se compliquent quand il s’agit d’évoquer les clauses et termes du contrat. Bien qu’aucune marque ne les divulgue publiquement, on peut aisément les deviner, et, certains sites en dévoilent les grandes lignes, comme MediaKix. On y apprend içi de nombreuses choses intéressantes sur les sacrifices que les influenceurs sont prêts à faire pour la célébrité. Le site indique en effet les clauses et termes principaux des contrats, avec une petite explication, mais nous pouvons nous attarder avec attention sur ceux qui portent un coup de massue à l’objectivité.


I/ – LES POINTS CLÉS

Explication : En clair, les entreprises demandent aux influenceurs d’intégrer de manière OBLIGATOIRE des points ou idées-clés dans leur texte, avec leurs propres mots. Ainsi, elles peuvent mettre en avant certaines caractéristiques d’un bien, ou insister sur des points douteux en mentant délibérément.
Exemple :  Si une marque comme H&M exige dans une clause que l’influenceur parle des conditions de travail géniales de ses ouvrières indiennes, ou de la qualité iconique de ses vêtements, celui-çi devra s’y plier, même s’il a pleinement conscience que ceci est faux.
Problème : Le bloggeur est obligé de mentionner des faits ou des mensonges avec lesquels il est potentiellement en désaccord. Aider une entreprise à mentir de la sorte en faisant de la publicité mensongère n’a absolument rien d’éthique et se résume concrètement et clairement à tromper son lectorat.

II/ – LE DROIT DE REGARD 

Explication : L’entreprise peut içi exiger d’avoir un droit de regard sur le contenu fourni par l’influenceur, et lui demander de fournir à intervalles réguliers des brouillons ou des avant-premières de celui-çi. Si une ou plusieurs parties du contenu ne conviennent pas à l’entreprise, elle peut demander au bloggeur de le rédiger de nouveau de façon à coller au storytelling qui l’arrange le plus.
Exemples : Si ASOS se rend compte dans un article qu’un bloggeur évoque même brièvement les conditions de travail aberrantes de ses employés dans les entrepôts du label  (ce qui mériterait pourtant d’être mentionné), l’entreprise peut demander à l’influenceur de modifier immédiatement son article et de supprimer cette partie. L’exemple d’ASOS n’est pas pris de manière anodine, puisque le géant du retail en ligne est omniprésent en ligne et collabore avec des centaines d’influenceurs, qui se répandent à leur tour en articles élogieux ou en “Get The Look x ASOS”. De manière analogue, si le zip d’une parka se casse pendant le shooting d’un look, et que le bloggeur le mentionne, ce qui peut amener à des doutes légitimes sur la qualité du produit, ASOS peut exiger d’enlever cette information.
Problème : Le bloggeur dispose donc d’une liberté d’expression réduite, et n’est pas en mesure d’étayer ou d’énoncer des faits qui ont pourtant leur importance, comme les conditions de fabrication des biens ou leur qualité, ce qui conduit à produire du contenu fade et sans saveur, sans critique et uniquement élogieux.

III/  – LES CLAUSES DE CONTRATS STANDARDS

Explication : Les clauses standards de contrats sont, comme leur nom l’indique, standards, c’est-à-dire qu’elles sont présentes et immuables dans la plupart des contrats. Clause de confidentialité, ou clauses concernant les droits de propriété intellectuelle, elles sont nombreuses et souvent sans impact sur le lecteur. En revanche, il serait idiot de passer à côté des clauses de non-dénigrement. Celle-çi, qui rejoint partiellement le droit de regard des entreprises sur le contenu fourni par le bloggeur, stipule que les deux parties ne peuvent prendre aucune initiative au sein de l’espace public qui nuirait à la réputation de l’autre partie. En clair, les deux parties s’engagent à n’émettre aucune critique, même minime, à l’égard de l’autre, et ce après que le contrat soit terminé.
Exemple : De manière un peu caricaturale, si un bloggeur décide de révéler deux mois après la publication d’un post Instagram que les bureaux de Topman puent, qu’il y a un climat de défiance qui règne au sein des locaux de l’entreprise, ou que le pull Made In Bangladesh en viscose généreusement offert par la marque n’a pas résisté à 2 lavages en machine, la marque peut décider d’entamer une procédure judiciaire à l’encontre de l’influenceur. Chose dont ce dernier n’a pas forcèment envie.
Problème : Il n’est pas nécessaire de s’étaler en explications et en hypothèses pour voir en quoi cela pose une nouvelle fois un problème de liberté d’expression et de sincérité du bloggeur vis-à-vis de son lectorat.


Pour résumer les choses, les contenus sponsorisés par les influenceurs sont donc, comme on s’en doutait, dénués de toute objectivité et de tout esprit critique. Et, il est parfois difficile de discerner l’article par amour pour une marque de la tribune commandée par un label.
Aux États-Unis, le FTC, Federal Trade Commission, organisme indépendant gouvernemental, est chargé  de veiller à la protection des consommateurs américains. Et, depuis 2016, il mène une chasse aux pratiques troubles des influenceurs digitaux, grâce à une législation poussée. Ces derniers sont en effet obligés de faire preuve d’honnêteté en indiquant de manière claire et visible que leurs publications sont sponsorisées par des compagnies privées, que ce soit sur leur blog ou sur Instagram. Un #AD ou une disclosure telle que : “This content has been brought to you by [nom d’une entreprise]” sont suffisants, et permettent au lecteur de ne pas se faire d’illusions, et surtout de ne pas être trompé. Car c’est justement tout le but de ces mesures : lutter contre la publicité dissimulée, et permettre aux consommateurs de ne pas croire tout ce que les influenceurs disent comme s’ils étaient dotés d’une parole divine et objective.
En France, la mention “Billet Sponsorisé” est aussi obligatoire sur les posts où l’influenceur reçoit de l’argent ou bien/service en échange de sa publication, mais la mesure est très mal appliquée. Les rares fois où la mention est présente, il n’est pas rare qu’elle soit cachée dans le texte ou bien dissimulée, comme dans cet article d’Emmanuel Fourès où “article sponsorisé” est écrit avec une police d’écriture taille 6 (pour info, la police de base sur Pages, le Word d’Apple, est 11), et certains n’hésitent pas à obéir aux  requêtes des agences “d’influence digitale” et des entreprises sponsors elles-même pour mieux dissimuler les faits.

Prenons des exemples concrets, car rien ne sert mieux la théorie que le factuel.


EXEMPLE 1 : POST INSTAGRAM DE ROMAIN COSTA

Lien de la publication : https://www.instagram.com/p/BRGfsQsjDPL
Message : ” Petit aperçu de l’une des pièces @hmphares qui sera présentée ce soir lors du défilé #hmstudio : un perfecto en cuir court au col over size 🕶 #SS17
Problème : Le post est sponsorisé, puisque Romain Costa porte içi une pièce non disponible en magasin à l’époque de la publication, et qu’on peut se douter qu’il ne l’a pas volé. Or, il se garde bien de faire toute mention de la nature de son post, puisqu’on ne voit aucune indication claire et  ne précise pas que le perfecto a été fourni par H&M. On peut donc içi supposer que Romain Costa a un amour tellement fort d’H&M (Miuccia l’en préserve) qu’il a négocié l’obtention de la pièce par X ou Y moyen, ce qui est, de manière factuelle probable. Tout est fait pour laisser penser que le label H&M ne l’a récompensé d’une manière ou d’une autre pour ce post et la publicité faite, ce qui pourrait amener des doutes sur son goût réel pour le produit et l’évènement mis en avant.
Et puis, faire la démarche de soutenir une marque comme H&M, connue pour ses innombrables manquements aux législations concernant les conditions de travail de ses employés (
femmes enceintes licenciées en Inde, enfants de 14 ans travaillant dans des usines, et j’en passe), et qui s’améliore peu, alors qu’on participe à un voyage solidaire au Vietnam, qui a d’ailleurs fait l’objet d’un très bel article, parait très en décalage, sinon hypocrite pour les plus mauvaises langues. Je ne prête aucune mauvaise intention à Romain Costa, et je me doute qu’il a surtout vu une opportunité difficilement refusable, mais cela pose, comme vu précédemment, des incohérences entre les valeurs factuelles des marques et celles des influenceurs, et peut nuir à leur crédibilité, et donner une image de double discours.
Solution simple mais non choisie par l’influenceur : “Petit aperçu de l’une des pièces que l’entreprise @hmphares m’a prêtée à sa demande,  qui sera présentée ce soir lors du défilé #hmstudio : un perfecto en cuir court au col over size 🕶 #SS17
Non seulement l’usage de “prêtée à sa demande” souligne la nature partenariale du post, mais il aurait mis en lumière une certaine distance avec H&M et ses valeurs, que Romain Costa devrait en toute logique partager.

EXEMPLE 2 : POST INSTAGRAM D’EMMANUEL FOURES

Lien de la publication https://www.instagram.com/p/BQLn52fgHlo
Message : Yesterday was fun at @disneylandparis ! Luckly I wore my @salsaofficial spartan jean during this day, it’s super stretch and it’s impossible to get dirty with it ,so it was perfect with the rain and walk all day.”
Problèmes : Outre l’anglais parfois approximatif, Emmanuel Fourès franchit (volontairement ou non) ici un cap supplémentaire dans la dissimulation de sponsoring. En effet, 
en poussant le vice sur le site FashionBi, on se rend compte en fouillant un peu que la marque Salsa Jeans fait appel aussi à des fashion influenceurs pour faire la promotion de ses produits, dont le jean porté içi. De plus, d’autres bloggeurs, comme Raphael Simacourbe ou Matthias Cornilleau n’ont pas non plus hésité à se répandre en éloges sur le jean. En tenant compte de cela, on peut plus que logiquement supposer qu’il n’écrit pas cet article par pur plaisir, au vu de la critique concise mais dithyrambique qu’il expose, mais le détail réside justement là. Un lecteur lambda qui regarde son post ne peut aucunement deviner qu’il s’agit d’une publication sponsorisée, étant donné qu’aucun mot-clé du type “partenariat, sponsoring, collaboration,” ou un simple petit hashtag #pub n’est visible sur la publication, et prend ses propos au pied de la lettre, ce qui n’est, pour le coup, pas à faire.
En effet, en regardant les caractéristiques du jean mentionné juste ICI, il est clairement précisé que le jean est : “ANTI-TÂCHES: En raison de la finition appliquée, les liquides (inattendus) glisseront facilement sur la surface de vos jeans, les maintenant toujours propres plus longtemps“. Or, la terminologie utilisée dans la légende du post, “impossible to get dirty” et son manque de clareté et d’explications, laissent à penser qu’il est tout simplement impossible de se salir avec ce jean, et qu’il résiste aussi bien à une pique-nique d’une heure dans l’herbe boueuse, à de la boue tout court, sans aucune action de la part de son porteur. C’est PARTIELLEMENT vrai, puisqu’il est nécessaire d’essuyer avec un mouchoir ou tout autre tissu des tâches particulièrement tenaces comme la boue. Peut-être moins qu’avec un jean classique, d’où son l’intérêt, mais quand même.
Solution simple mais non choisie par l’influenceur : Yesterday was fun at @disneylandparis ! Luckily, thanks to my partnership with @salsaofficial , I had the opportunity to wear their spartan jean, and  it’s super stretch and it’s almost impossible to get dirty with it, as you just need to wipe any stain with a tissue to make it clean again  ! It was perfect with the rain we had during yesterday’s walk !”

EXEMPLE 3 : LA PUBLICATION DE PIERRE SCHUESTER / LE SUMMUM

Lien de l’article : http://pierreschuester.com/fr/summer-is-coming/
Message : ” 
L’été arrive bientôt ! Et si comme moi vous aimez changer régulièrement votre short de bain je vous conseille d’aller faire un tour sur ce site : http://shopcapitan.com/ . La marque CAPITAN est toute nouvelle et inspirée par le style de vie des Caraibes. L’idée est simple, produit de haute qualité (je confirme !) à un prix abordable (seulement 45€). Large choix de modèles, couleurs vives et logo original. Petit détail qui fait la différence : les poches sont d’une couleur différente.”
Problème : Publication la plus problèmatique. Là où les choix de Mr Foures ou de Romain Costa peuvent s’expliquer dans une certaine mesure par l’impossibilité de s’étendre en détails sur un post Instagram, Pierre Schuester dispose d’un boulevard éditorial pour fournir un avis impartial sur les produits qu’il essaie. Içi, aucune mention sur la nature du post (on se doute, avec les indicateurs vus précédemment, qu’il s’agit d’un article qui n’est pas de son propre fait), et contrairement à la plupart des articles écrits par Fourès et Costa, aucune trace des mots “partenariats” ou “collaboration”, ce qui peut laisser penser que Pierre Schuester a eu une envie soudaine d’écrire un article sur CAPITAN,  envie peu probable. Surtout que les descriptifs laconiques comme “produit de haute qualité (je confirme !)”, avec l’avis personnel de Pierre (ou non) en plus pour donner une dimension humaine une certaine proximité bloggeur-lecteur vis-à-vis de son post, sont suffisamment modestes pour ne pas éveiller de soupçons (abordable, large, couleurs, etc..). Alors, aussi beau sois-tu Pierre, un peu d’honnêteté ne ferait pas de mal.
Solution simple mais non choisie par l’influenceur :
| BILLET PUBLIÉ EN COLLABORATION AVEC CAPITAN | 
L’été arrive bientôt ! Et si comme moi vous aimez changer régulièrement votre short de bain je vous conseille d’aller faire un tour sur ce site : http://shopcapitan.com/ . La marque CAPITAN, toute nouvelle et inspirée par le style de vie des Caraibes, m’a en effet contacté dans le cadre d’un partenariat. L’idée est simple, produit de haute qualité (je confirme, après avoir essayé plusieus de leurs maillots !) à un prix abordable (seulement 45€). Large choix de modèles, couleurs vives et logo original. Petit détail qui fait la différence : les poches sont d’une couleur différente.


Il n’est pas nécessaire de revenir à mon sens sur ce qui a été expliqué en long et en travers, précédemment : le manque d’honnêteté qui transparait en filigrane vis-à-vis du lectorat.  On l’aura assez compris, et mon but n’est pas de taper à tout bout-de-champ sur tout et tout le monde, mais plutôt de soulever des problématiques de manière objective. Rien ni personne n’interdit aux influenceurs d’aimer les produits qu’on leur demande d’essayer, mais la moindre chose est de prévenir les personnes qui font confiance à leurs publications, ou de faire soi-même des découvertes
Et, rien de tel que trois petits exemples bien précis pour illustrer mon propos.


EXEMPLE 1 / NICOLAS SIMOES

L’influenceur Nicolas Simoes a, en ce qui le concerne, fait le choix d’afficher sur la totalité de ses posts récents le “#ad” lorsque les publications qu’ils postent ont été initiées par une entreprise dans le cadre d’une collaboration. Ça ne paye pas de mine, ça ne défigure pas un post, et ça a l’avantage d’annoncer clairement et sans aucune confusion qu’il a reçu une contrepartie contre ce post, ce qui incite à prendre des pincettes avec ce qu’il écrit. Et rien de tout cela ne l’empêche d’avoir 208000 abonnés.
Malheureusement, on ne peut pas en dire autant concernant les publications sur son blog, comme cet arti-pub destiné à rendre amoureux des montres Tudor, mais qui ne ne fait aucune, mais alors aucune mention de la nature partenariale de l’article.

EXEMPLE 2 / HÉLÈNE DE MON BLOG DE FILLE

Dans un de ces posts, Hélène explique ses méthodes concernant la publicité et la promotion des produits qu’elle met en avant sur son blog, pourquoi elle en met certains ou non, et dans quel cas elle fait apparaitre la notion “billets sponsorisés”, mais surtout assume publiquement, sans aucune dissimulation, le fait de recevoir des produits de manière gratuite. Elle montre quelle proportion de ses produits est mise en avant, pourquoi elle le fait, et crée une véritable relation de confiance avec ses followers : on voit bien que son blog ne repose pas sur une volonté de gagner des fans à coup de posts Instagram et de publications sans sens. Hélène publie un article sur environ 5% des produits qu’elle reçoit, et le fait uniquement parce qu’elle a une affinité existante avec les produits.
Le lien de l’article est juste içi.
De la même manière, elle affiche ce petit message sur sa page “A propos” :
*** Avertissement ***
Que ce soit en beauté ou en mode, les marques m’envoient certains des produits dont je parle, et j’en achète pas mal (trop ? 😉 d’autres moi-même. Dans les deux cas, mon avis est honnête, sincère et personnel.

EXEMPLE 3 / EMMANUEL FOURÈS 

Pour le coup, quand il s’agit d’articles authentiques sur des marques qu’il découvre, comme Mai-Gidah, le lectorat peut y prendre plus de plaisir. Les conditions de découverte sont expliquées, et le bloggeur semble vraiment heureux de pouvoir faire partager sa passion pour la marque avec ses followers : pour le coup, personne ne peut douter de l’intention qu’il a en écrivant cet article. De manière plus générale, il est un peu réducteur de réduire tous les fashion bloggeurs de la planète à des rapaces prêts à tout pour être connus, l’article d’Emmanuel en est la preuve : certains font preuve d’authencité et d’un amour réel pour l’industrie de la mode, aiment découvrir et partager ce qu’ils aiment, pas seulement recevoir un script tout prêt et le diffuser partout sur tous les canaux sociaux.


Et, venons en au coeur du sujet, le plus important : l’intérêt de ces publications pour le public.
Elles en ont un, indéniable, pour les personnes avec une culture mode limitée. Celles-çi ont souvent besoin de repères, sont peu friandes de médias vraiment mode (Business of Fashion, WWD, etc…), et n’ont ni le temps ni l’envie d’essayer par elles-même. Elles voient ainsi une opportunité de s’habiller (relativement) bien, avec des produits qu’elles pensent exempts de défauts, et que leurs bloggers préférés portent.

Looking for style among a bought-and-paid-for (“blogged out?”) front row is like going to a strip club looking for romance. Sure, it’s all kind of in the same ballpark, but it’s not even close to the real thing. – Alexandra Condina, Fashion News Editor chez Vogue.com

En revanche, pour une frange plus cultivée, qui peut passer du temps dans des grands magasins ou en ligne, à regarder des éditoriaux, qui a une idée précise de ce qu’elle veut, les influenceurs sont une perte de temps. Entretenez-vous avec des personnes qui ont connaissance de sites comme MatchesFashion, qui lisent Business Of Fashion, qui travaillent dans l’industrie de la mode (bloggeurs exceptés), la plupart vous répondra qu’ils n’en ont strictement rien à faire. L’influencer digital représente d’une certaine manière la facilité un peu “malhonnête”, la personne sans vraiment de goût pour l’industrie de la mode au sens noble  du terme pour certains, qui saute un peu sur tout ce qui bouge en termes d’opportunité tant qu’elle a quelque chose à y gagner. Ils sont d’ailleurs loin d’être nécessaire à l’expansion d’un label. Des marques comme Sunnei ont réussi à devenir incontournables sur la scène internationale, avec un point de vente en wholesale au Printemps de l’Homme, ou chez le très sélect retailer online LN-CC, sans pour autant avoir besoin de bloggeurs. Des mots-même des fondateurs du label, dans cet interview donné au magazine Forbes :
Nous n’avons jamais travaillé avec des bloggeurs, préférant raconter l’histoire Sunnei à travers nos propres canaux et ceux de nos clients, qui sont très actifs en ligne. Notre base de fan consiste de followers qui ont dépassé la mode du blogging mode. Simone (co-fondateur de la marque), a travaillé au département digital d’une agence de communication. Cette expérience nous a aidé à monter une stratégie basée autour d’un création interne de contenu, à travers laquelle nous racontons notre histoire pas-à-pas. Nous croyons beaucoup au storytelling, et nos clients sont des followers qui aiment savoir dans quels lieux nous allons, les expositions qui nous intéressent, et quelle partie du monde nous découvrons actuellement. Nous avons établi notre base de followers internationale à travers le bon vieux bouche-à-oreille.
De même, selon des sources proches, le directeur artistique de la maison Gucci, Alessandro Michele, n’aurait “aucun intérêt dans l’alignement de sa personne ou de la marque avec des influenceurs digitaux.” Les deux marques se positionnant sur des créneaux autres que fast-fashion, et s’adressant, de base, à toute personne avec un certain amour de la mode, le raisonnement “culture mode = moins sensible au blogging” prend un peu de sens.
Pour en revenir à Emmanuel Foures, par exemple, son article/look sur Diesel commence par le paragraphe suivant : “

“C’est depuis l’année 2013 que Nicola Formichetti reprit le flambeau de la direction artistique chez Diesel, qui avec sa vision des choses à très bien su s’approprier l’univers de la marque en la façonnant avec sa patte et on peut dire que depuis qu’il est présent les collections depuis son arrivée sont un franc succès.” Aucune référence stylistique objective, que des circonvolutions verbales, des évidences, rien qui ne laisse penser à une description mode. On a affaire ici à une description purement factuelle et concise, suffisante pour un public qui n’en a pas grand-chose à faire de la mode, mais pour n’importe quel insider, on est à mille lieux d’une description du style hybride et si rock de Formichetti.

Ce sont les belles histoires comme celles de Sunnei, le storytelling authentique et pur qui plaisent dans cette industrie, pas la publicité peu objective. Surtout, que selon l’article Forbes vu un peu plus haut, il existe peu ou pas de liens entre publicité via un digital influenceur et une augmentation significative des ventes, et les quelques études portant sur l’influence des bloggeurs sur les consommateurs, comme celle-çi, mettent bien en avant le fait que l’impact des bloggeurs varie selon qu’ils soient perçus ou non comme objectifs, mais aussi en fonction du niveau de connaissance du lectorat vis-à-vis de l’industrie. La polémique concernant l’attaque à balles réelles de 4 éditeurs de Vogue US (franchement iconique et méritée) sur les fashion bloggers (Looking for style among a bought-and-paid-for (“blogged out?”) front row is like going to a strip club looking for romance.)(Note to bloggers who change head-to-toe, paid-to-wear outfits every hour: Please stop. Find another business. You are heralding the death of style.) a bien soulevé le problème, avec un angle différent, de l’objectivité des bloggeurs. Être payé pour venir poser ses fesses en front row vêtu de la tête aux pieds par une marque et se changer entre deux défilés tout en faisant tout pour être pris en photo n’a rien de glorieux, représente une forme certaine de m’as-tu-vu-issme, et relève dans une certaine manière du même souci que les posts sponsorisés dissimulés. Tout consiste à faire passer le succès personnel avant tout, quitte à laisser l’authencité de côté. Les bloggeurs/influenceurs sont devenus une sorte d’élite, aux antipodes des démocrates de la mode qu’ils prétendent être.
Et, franchement, que ce soit en ligne ou en réel, on peut s’en passer. Un retour au blogging authentique, sans intentions mercantile ou commerciale, ne serait pas malvenu.

LESOBRE

PETIT DISCLAIMER : Je “tape”, semble-t-il, un peu plus sur Emmanuel Fourès que sur les autres, parce qu’il est français et qu’il apparait souvent dans ma Timeline Twitter, mais la remarque est plus que valable pour une tonne d’influenceurs, et je pense qu’il n’est pas le pire à ce niveau. De plus, je ne suis pratiquement aucun bloggeur mode, hormis quand il s’agit de regarder des looks sympas et originaux sur Instagram, ne m’intéresse pratiquement à aucun contenu comme ceux vus plus hauts, ne les jalouse pas.  Je m’intéresse plutôt à des sources comme l’iconique Julie Zerbo, BoF, WWD, ou le New York Times, donc mon choix de prendre MrFourès, Romain Costa et Pierre Schuester était purement arbitraire et ne relève aucunement de quelque chose de personnel.

Source image cover : Vogue.

4 replies on “LA MODE DEVRAIT-ELLE SE DÉBARRASSER DES DIGITAL INFLUENCERS ?

  1. On ressent tellement de haine dans cet article ça en devient d’un ridicule. Surtout que je n’ai pas été payé par Salsa pour ce post, si tu vérifie bien, lorsque je fais des posts justement sponsorisé je l’écris donc au lieu de t’en prendre aux personnes qui ne “travaillent pas dur” visiblement d’après en te basant sur juste un contenu digital. Tu ferai mieux de t’occuper de ta vrai passion.

    1. Pour commencer, il n’est marqué à un aucun moment que tu as été payé pour ton article sur Salsa.
      Secondo, ça ne sert pas à grand-chose d’écrire d’article sponsorisé sur un article si c’est dans une police 6…
      Et c’est ma vraie passion malheureusement, la plupart des articles de mon blog ont été de ce type. Parler de haine est en revanche ridicule, surtout que la plupart des retours ont fait état “d’objectivité” et d’une “mise au point nécessaire”. Tu remarqueras aussi que dans le disclaimer de fin, je précise bien que tu es pris comme exemple parce que tes posts apparaissent souvent dans ma TL, mais en soi j’aurais pu prendre n’importe qui.
      Donc malheureuseument, c’est ca ma vraie passion : soulever des thématiques actuelles.

  2. Bonjour autant pour moi,

    J’ai répondu beaucoup trop rapidement sans forcément avoir était au bout de l’article en lisant la partie justement où je suis mentionné pour longuement. Mais il est vrai qu’avant de rédiger un article il vaudrait mieux se renseigner un petit plus, comme pour cette parenthèse pour Salsa, ou pour Loe coup je n’ai eut aucune rémunération, voilà pourquoi je n’ai pas mit de mention (sponsorisation) car en temps normal je le fais sans problème.

    Je fais une petite aparté sur le fait que je choisis les marques avec lesquelles je travaille parce qu’elles me plaisent.

    Bonne journée,

    Emmanuel

    1. Autant pour moi aussi,

      je n’avais pas vu la seconde réponse !
      Je n’ai jamais parlé de rémunération pour Salsa mais plutôt d’une collaboration qu’il aurait été “utile” de mentionner dans le post !
      Et je prends note de l’aparté, c’est bon à savoir ! 😉 Je vais le rajouter dans l’article !

      Bonne journée à toi aussi !

      Adrien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *