Initiateur de l’incident stylistique H&M x Balmain et BFF omniprésent du clan Kardashian, Olivier Rousteing énerve autant qu’il suscite curiosité et intérêt. Étude d’un ovni au sein de l’industrie de la mode.


Let’s get things straight : Olivier Rousteing est sans aucun doute le directeur artistique le plus controversé de cette décennie, probablement plus que John Galliano. Le jeune bordelais de 29 ans haut en couleurs ne cesse d’agacer la twittosphère haute-fashion, et de manière plus générale nombre d’insiders. À la tête depuis 2011 de la maison Balmain, ce “maximaliste” auto-proclamé a fait table rase du passé et de l’ADN laissé par son prédécesseur, Christophe Decarnin, quitte à clairement verser dans l’exubérant à la limite du vulgaire. La recette de cet adepte des selfies et de l’art du forcing des cheekbones est en effet bien simple : visibilité, réseaux sociaux et bling-bling. Ce qui, au grand dam des critiques, a porté ses fruits puisque les profits de la maison ont doublé chaque année sous sa tenure.

J’aime quand ça brille, quand ça se voit, quand c’est sexy. – Olivier Rousteing

Adopté par des parents blancs à Bordeaux, ville qu’il qualifie de “conservatrice”, le jeune Olivier trouve rapidement refuge dans la mode. De ses deux mois en licence de droit, il tire une conclusion concise mais intéressante : “J’ai réalisé que je regardais plus les garçons de ma classe que mes livres“. Ceci étant dit, Olivier Rousteing s’en va pour Rome, où il atterrit en stage dans un petit label, puis revient en France et  intègre Esmod, école de mode parisienne qui jouit d’une réputation de centre d’accueil hors de prix pour adultes en devenir dont les connaissances stylistiques se limitent pour 90% d’entre eux à Sandro et The Kooples (selon les 10% aux connaissances plus larges). Rousteing s’en va d’ailleurs au bout d’un an, diplôme en poche, et grand bien lui fait puisqu’il intégre en 2004 la maison Cavalli. L’idylle durera 5 ans, ce qui, dans une industrie où la valse des designers a un tempo bien rapide, semble aujourd’hui une éternité. Son goût pour le bling-bling dopé aux stéroïdes a en effet commencé à être en… opposition avec le style des équipes design de la maison italienne, et voilà notre Olivier Rousteing fraîchement appointé en 2009 en tant que bras droit de Christophe Décarnin, arrivé deux ans plus tôt, chez Balmain. Diamétralement opposé à Rousteing d’un point de vue comportemental, puisque taper son nom sur Google Images ne renvoie pas à 780 selfies et 471987 photos de sa bouille à côté de diverses stars, Decarnin a su imposer une aura rock/grunge/trashy-sexy à la maison Balmain qui se noyait financièrement en 2006. La Fall-Winter 2010 ci-dessous est plutôt assez représentative de sa vision de la femme Balmain, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler dans une certaine mesure le travail d’Hédi Slimane chez Saint-Laurent Paris que tout le monde qualifiait pourtant de novateur et rafraichissant, mais that’s none of my business.

Mais Decarnin, en raison de problèmes de santé, et surtout d’une dépression comme le rapportait WWD, quitte le vaisseau. Enième victime d’une industrie qui vous avale et vous digère tout cru, il laisse ainsi une place vacante dans la maison Balmain, place que l’homme qui “aime quand ça brille, quand ça se voit, quand c’est sexy” va rapidement occuper, puisqu’il prend définitivement les rennes de la maison en 2011, changeant à jamais sa face et surtout son concept.

La Spring-Summer 2012 est son galop d’essai, et le ton est donné. Très rapidement. DE L’OR. DU BRILLANT. DU BLING-BLING. De la femme Balmain, que Rousteing évoque comme “une attitude, des femmes fortes, des warriors modernes”, on retient surtout un malaise indescriptible, une volonté absolue de briser des codes qu’elle ne semble pas comprendre, quitte à se noyer dans l’outrance. Certes, les “hommages” kitsch à Las Vegas et David Bowie, pour ne citer qu’eux, sont cohérents, certes, on décèle une attitude dans ces vêtements, une once de puissance, de glamour amazone, mais c’est grossier. Aucune finesse, aucun statement ne se glisse dans son travail, c’est une mode de masse que nous produit Olivier Rousteing, et tel était malheureusement son plan. “Je veux rendre le luxe et les fantasmes qui l’entourent plus populaires”, ou finalement démocratiser l’indémocratisable. Le luxe est par essence exceptionnel, une invitation au voyage dans un univers particulier, et Rousteing semble ne pas vouloir prêter grande attention à cela. Ces vêtements ne sont pas d’une laideur apocalyptique, mais le constat est sans appel : tout ceci n’amène en rien à une quelconque réflexion, Olivier Rousteing veut briser pour briser et pas pour dénoncer : le vêtement nous est donné tel quel, fin de l’histoire. On le regarde trois secondes, et passé le facteur “Wow, il s’affranchit des codes”, plus rien, on a déjà oublié. La collection ne s’inscrit dans aucun courant, elle se contente d’aller à contre-courant sans qu’on comprenne bien pourquoi. Et, pour couronner le tout, les collections runway sont infiniment plus belles (ou moins ratées) que celles qui pendent sur les portants dans les boutiques Balmain, odes à la vulgarité et au mauvais goût. Bref, vous l’aurez bien compris, c’est un gros non.

 

Et ce goût prononcé pour le clinquant et les “fantasmes” du luxe se retrouve aussi bien dans les vêtements que chez le créateur. D’un amour pour les projecteurs et la célébrité à en faire tomber la discrète et iconique Rei Kawakubo, Olivier Rousteing est de cette nouvelle génération de socialites qu’on adore haïr, celle qui ne jure que par Instagram et Snapchat, celle qui vous inonde de selfies et qui n’a pas peur d’étaler réussite et richesse. Ami indéfectible du clan Kardashian et des Hadid, Rousteing semble être partout, en toute occasion. Que ce soit à Cannes, où de jeunes adolescents se ruent sur lui pour prendre un selfie et le poster avec la légende “OMG so much fun w/ my pal Rousteing” alors qu’il ne connait pas leurs prénoms, ou lors d’une soirée à Mykonos, il est bien complexe de passer à côté de lui tant sa vie entière est exposée en ligne. On en arrive d’ailleurs même à se demander où Rousteing trouve son temps pour s’occuper de ses collections. C’est un choix de vie qui dénote avec celui de bon nombre de directeurs artistiques comme Raf Simons, Dries Van Noten, ou même le duo Maria Grazia Chuiri et Pierpaolo Picciolli de la maison Valentino, et qui se rapproche plus de celui de starlettes ou de la team Gigi Hadid et Kendall Jenner. Il qualifie d’ailleurs cette exposition permanente d’ “instinctive“, et affirme vouloir ouvrir “les portes de sa vie au plus grand nombre, plutôt que de choisir de communiquer uniquement avec le front row.” Blablabla. Ouvrir les portes de sa vie is the new étaler sa vie.

Il semble aussi, plus récemment, qu’il ait choisi d’ouvrir les portes de Balmain au plus grand nombre. Outre la catastrophe aussi bien humaine, avec des batailles pathétiques pour prendre le dernier tee-shirt taille M fait par des femmes sous-payées au Cambodge qui n’ont pas intérêt à tomber enceinte , que stylistique, tant on touchait des abysses esthétiques, qu’était Balmain x H&M sur laquelle je ne reviendrai pas tant c’est douloureux, Olivier Rousteing est back at it again with the collab, cette fois avec Nike. Et, à peine les images sorties en ligne, Twitter s’est déchaîné. Le motif est très simple : entre nous, c’est immonde.

 

A l’exception du tee-shirt noir que je trouve, pour le coup, plutôt portable, le reste est d’un vulgaire indécent. Entre ce qui ressemble à des Roshe Run qui semblent venir d’un obscur vendeur sur Aliexpress et la veste du beauf plutôt technique mais laide, on veut oublier rapidement tout ça. (UPDATE : comme me l’a précisé gentillement Lega54 sur Twitter, la collection a pour thème principal le football, ce qui explique le design de prime abord laid des chaussures, mais qui s’explique par le fait qu’elles sont destinées à être sur un terrain de foot, ou du moins à donner un style de footballeur)

D’un amour pour les projecteurs et la célébrité à en faire tomber la discrète et iconique Rei Kawakubo, Olivier Rousteing est de cette nouvelle génération de socialites qu’on adore haïr, celle qui ne jure que par Instagram et Snapchat, celle qui vous inonde de selfies et qui n’a pas peur d’étaler réussite et richesse.

Pour autant, il est difficile, et stupide, de tout rejeter en bloc chez Olivier Rousteing. Oui, il a ramené Gigi Hadid à son dernier défilé womenswear, oui il force les cheekbones sur ses photos, mais l’individu ne se résume pas complétement qu’à cela. Tout d’abord, et c’est notable, il l’est l’un des seuls directeurs artistiques d’une grande maison, pour ne pas dire le seul depuis qu’Oswald Boateng a quitté la maison Givenchy, à ne pas être blanc. Ce qui, qu’on se le dise, n’est pas qu’une simple coïncidence, et doit être mis en lien avec d’autres faits troublants de sous-représentation des so-called Persons of Colour dans l’industrie. Et, il a conscience de ce problème, et agit face à ça. Il est le seul directeur artistique d’une grande maison à caster un nombre conséquent de mannequins noir(e)s dans CHACUN de ses défilés, comme lors de la Fall-Winter 2016 ci-dessous, et son feed Instagram est, à défaut d’être très artistique, varié en termes de teintes de peau, et c’est un fait rare. Pour rebondir d’ailleurs sur cette collection, pour la première fois, j’ai trouvé l’ensemble RELATIVEMENT intéressant, plus sobre, dans une palette de couleurs agréable à l’oeil. Fidèle au bling-cling si cher à Olivier Rousteing, la FW16 a rendu un bel hommage aux corsets, et of course aux décorations brillantes ainsi qu’ aux broderies visibles.


Et puis, dans le fond, on a beau détester la totalité de ses collections et vouloir mettre le feu à toutes les boutiques Balmain de France et de Navarre, il est difficile de complétement détester Olivier Rousteing. Aussi énervant soit-il, sa bonne humeur permanente et son côté carefree man qui ne se prend pas (trop) au sérieux le rendent presque sympathique. Et, plus important encore, au risque de paraitre niais, il ne fait de mal à personne. Certes, je serai le premier à rouler sur son iPhone et le bannir d’Instagram tant il est impossible de ne pas le voir, mais il n’y a pas d’intentions néfastes dans ses actions. Dommage qu’il soit à la tête d’une fashun house.

Crédits photo de tête : Hypebeast
Crédits photos runway : Vogue
Crédit photo Décarnin : WWD.

2 replies on “OLIVIER ROUSTEING, L’OVNI EXASPÉRANT DE LA MODE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *